Face à leurs groooooosses colères …

OU comment ne pas faire 18 de tension quand ton enfant chéri te fait une scène (roulage par terre-hurlements stridents – larmes de crocodile)

Je te préviens tout de suite. J’ai pas de recette miracle. Mais je veux te dire ici : TU n’es pas SEULE dans cette affaire. Car tu le connais hein, ce terrible sentiment de solitude/honte/désespoir quand ton enfant pique une colère en public et que tu as l’impression que le monde entier t’observe en secouant la tête, d’un air dédaigneux, prêt à appeler les services sociaux pour dénoncer une mère indigne.

Donc, tu n’es pas seule.

Je te partage ici un de mes moments de solitude à moi.

Je te plante le décor ou c’est même pas nécessaire car tu ne connais que trop bien l’affaire?

C’est la fin de la journée et je suis une lavette ambulante. J’ai vécu tour à tour un très bon départ en fanfare du matin (au menu ce jour-là : une grosse négo théâtrale pour l’habillage de Mistinguette, un lange à débordement à 2 minutes du départ, et un thermos de thé vert mal fermé qui a eu l’excellente idée d’entièrement se vider dans mon sac à main), puis une très bonne journée de boulot, et ce soir-là je combine un léger début de mal à la tête et une très sérieuse envie de m’installer au lit devant un film un peu nul avec un plateau de sushis et SuperChéri (dans sa version showtime).

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Mais me voilà donc à la Meilleur Ecole du Monde pour récupérer Mistinguette. Sur le papier, une formalité. Dans les faits, une épreuve de Koh Lanta. Garer ma voiture (sans en rayer une autre au passage), puis suffoquer trottiner jusqu’à l’école, repérer Mistinguette sans me faire repérer (histoire d’être, quelques secondes au moins, une petite souris pour la voir jouer avec ses copines), être à la hauteur de la tornade de bisous qui s’abat alors sur moi, récupérer le cartable, ruser jusqu’à la voiture pour qu’elle marche, retraverser la ville jusqu’à la Meilleure Crèche du Monde.

Mon léger mal à la tête s’est transformé en une franche migraine. Et je n’ai plus qu’une envie, celle d’aller au lit pour ronfler de tout mon coeur (et tant pis pour les sushis).

Je suis prévoyante : j’annonce clairement la couleur.

MOI (mâchonnant un dafalgan) : Bon, tu peux jouer dans la crèche pendant que je donne le biberon à Pimprenelle, je te préviendrai 5 minutes avant de partir, et quand le biberon sera vide, on partira… d’accord ?

MISTINGUETTE (de bonne volonté – et surtout très excitée à l’idée de faire du rodéo sur le cheval à bascule de compet’ de la crèche) oui oui Maman, promis

MOI (grimaçant – un dafalgan sans eau, c’est vraiment pas terrible) Promis promis ?

MISTINGUETTE (la bouche en coeur) Pro-mis !

Re-créneau (le 4ème de la journée). Arrivée triomphale à la crèche.

Mistinguette me la joue Timide-dans-les-jupes-le-jean-de-sa-mère. Je sens que cette affaire va mal se passer. Je retrouve avec bonheur ma Pimprenelle qui engloutit son biberon comme si elle avait plus rien avalé depuis un mois. Mistinguette commence à se dérider. Elle a entamé un timide rodéo sur le cheval de compet’. Et un petit attroupement se forme progressivement autour d’elle (logique, car ici, Mistinguette, c’est le retour de l’enfant prodigue. Elle est SUPER grande,  elle va à la Grande Ecole, et elle fait pipi toute seule.)

Mistinguette commence à trouver ses marques. Le biberon de Pimprenelle se vide lentement mais sûrement dans un glouglou régulier. Mistinguette est maintenant debout sur le cheval, pour le plus grand bonheur de son fan club. Après une cascade très approximative, elle entame l’ascension du toboggan (ben oui, il y a un toboggan intérieur, c’est pas la Meilleure Crèche du Monde pour rien). Côté biberon, j’approche dangereusement du 50 cc.

J’applique donc la règle numéro 1 que d’autres Mamans Guerrières m’ont transmises secrètement pour éviter la colère. (car le premier secret, c’est de tout faire pour éviter la crise) : j’anticipe, avec le plus de bienveillance possible.

MOI (anticipant donc avec bienveillance) Mistinguette, on part dans 5 minutes

MISTINGUETTE (très sûre d’elle) Oui oui Maman

Bon, cette fois, ça y est. Le biberon est vide. Pimprenelle veut s’asseoir sur mes genoux pour profiter du spectacle. Je vois l’heure qui tourne. Mon ticket de parking 15 minutes gratuites est totalement périmé maintenant.

Deuxième avertissement, toujours très zen :

MOI (encore pleine d’espoir) Mistinguette, on part dans une minute.

MISTINGUETTE (tentant de faire monter le cheval de compet’ sur le toboggan sous les regards admiratifs des copains) Oui oui

Tu la vois la crise arriver hein… ?

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Et bien moi pas. Je suis encore pleine de confiance aveugle en la vie (et en ma fille).

Très lentement, je me lève, prends le temps de saluer tout le monde :

MOI (toujours très zen) Cette fois on y va, tu peux dire aurevoir aux copines.

MISTINGUETTE (captant enfin l’affaire) Nonnnnnnn, je veux encore jouer…..

Je commence à redescendre de mon nuage de Bisounours. Ma migraine me rappelle à l’ordre. L’heure aussi.

MOI (d’un coup d’un seul plus zen du tout) Mistinguette, maintenant on y va, je te l’avais dit, on était d’accord.

MISTINGUETTE (butée) Non ! Je veux encore jouer.

MOI (tentant une conciliation à l’amiable, d’autant qu’une vingtaine de paires d’yeux sont maintenant braqués sur nous) On reviendra jouer très bientôt, mais maintenant on va rentrer pour manger le souper  ! (Souper, mot en général magique, car qui dit souper, dit dessert et qui dit dessert dit chocolat)

Echec total. Soit j’ai été beaucoup trop subtile et aurais dû lui proposer un moche chantage « on rentre, je te donne du chocolat », soit j’aurais dû simplement être beaucoup plus sévère (ce que je ne suis pas). Ou plus psychologue. Ou plus tacticienne. Enfin soit, j’ai foiré.

Pimprenelle s’impatiente. Ma migraine s’impatiente (ça met combien de temps à faire de l’effet, un Dafalgan?). Ma voiture, sans ticket de parking valide, s’impatiente.

MOI (tentant ma sacro-sainte communication non-violente) Ecoute, je vois que tu as très envie de rester jouer avec les copines et je te comprends, c’est chouette de jouer avec les copines, mais maintenant il est tard, c’est l’heure de rentrer. On s’était mises d’accord avant d’arriver, donc je voudrais que tu viennes avec moi, et qu’on s’en aille maintenant.

MISTINGUETTE (qui s’assied par terre, mon Dieu NON, pas ça…) Non je veux pas, je veux rester jouer !

Je note mentalement que ma communication non-violente n’est franchement pas au point.

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J’applique le deuxième conseil très utile en cas de crise. Je m’éloigne un peu, respire un grand coup, reprends mes esprits. (En théorie, je devrais même boire un verre d’eau, il parait que ça marche du tonnerre, mais bon, tu vois là hein, je suis dans la crèche, avec ma Pimprenelle bondissante dans les bras, la migraine, le ticket de parking, et tout le brol, donc on va laisser tomber le verre d’eau…)

MOI (perdant tout espoir de régler ce conflit à l’amiable, prenant donc ma voix calme mais trèèèèès ferme) Mistinguette, maintenant ON-Y-VA !

MISTINGUETTE (couchée maintenant par terre) Je veux rester à la crèche

MOI (nouvelle tactique : l’humour ) tu veux rester faire dodo ici ?

MISTINGUETTE  (qui n’a aucun second degré) ouiiiiii, je veux faire dodoooooo iciiiiiii

MOI (désespérée maintenant) Mistinguette, ce n’est pas possible, moi j’y vais !

Et nous y voilà, au pic de la crise. Les larmes style  « Ma maman veut m’abandonnerererererer », la commedia dell’arte, sous les yeux, ahuris et passionnés, de son mini-public.

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Je respire à nouveau un grand coup. Et me demande ce qui se passe dans sa tête. Car à cet âge, les enfants n’ont pas encore la capacité de gérer leurs émotions. Ils sont vite dépassés, submergés. C’est le cortex préfrontal qui n’est pas encore totalement mûr. Je sais tout ça. Mais là, à 17H23, dans le contexte que tu connais, j’ai beaucoup de mal à gérer ça intelligemment, moi l’adulte.

Je re-prends sur moi. Tente de la prendre dans les bras pour lui mettre son manteau.

MOI (prenant sur moi trèèèès fort) Allez Mistinguette, calme-toi.

MISTINGUETTE (très fâchée maintenant) NAN! T’es plus ma copine !

Insulte suprême dans la bouche d’une 3 ans.

MOI (jouant la carte du premier degré, vu qu’elle n’a pas de second) Non, je suis pas ta copine, je suis ta maman !

MISTINGUETTE (insistant) T’es MECHANTE !

MOI (vexée malgré tout) Je ne pense pas que je suis méchante, et puis on ne dit pas ça à sa maman.. à personne d’ailleurs

MISTINGUETTE (pleurant de tout son cœur) bouhouhouhouhouhouhouhou (bruits de pleurs de tout son cœur, difficile à transcrire)

MOI (Ma migraine est à son paroxysme, mon Dieu, ce pourrait-il que je fasse un AVC, là maintenant? ) Ma Mistinguette, je comprends que tu sois en colère, tu avais encore envie de jouer, je vois que tu es très fâchée, mais maintenant, il faut y aller, c’est comme ça, il n’y a rien à faire !

Elle se tait. Bruits de pleurs désespérés.

MOI (quand-même sympa non? ) Tu veux un gros câlin?

MISTINGUETTE (qui dit le contraire de ce qu’elle pense, j’en suis sûre ! )  Non !

 

Et puis là, troisième truc transmis par les Mamans Guerrières : pendant une crise, prends ton enfant dans les bras. Même s’il se débat. Même s’il ne veut pas. Essaye… Il a besoin d’être contenu, vu que lui-même n’arrive pas encore à contenir ses émotions. Il a besoin de ton amour inconditionnel.

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Et c’est vrai, le plus souvent, ça marche.

Je la prends dans mes bras. Elle finit par se calmer.

Happy end. Gros bisous. Elle s’excuse. Tout le monde s’aime.

Mais bon, on va pas en rester là quand-même ? Si ?

Car j’ai beau mettre un point d’honneur à laisser mes enfants exprimer leurs émotions et à ne pas les mettre sous cloche,  il faut aussi qu’ils puissent apprendre à les gérer.

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Parce qu’à 30 piges, se jeter par terre en hurlant parce qu’il y a plus sa pointure, que son boss lui refuse une augmentation ou qu’une voiture lui a piqué sa priorité, ça le fera pas. On est bien d’accord. C’est donc mon rôle de lui apprendre dès maintenant à digérer tout ça, et à l’exprimer cal-me-ment.

Alors voici mes pistes (non exhaustives, testées et partiellement approuvées) en fonction du niveau de colère :

Niveau 1 : On parle. on essaye de comprendre ce qui se cache vraiment derrière cette colère.

Niveau 2 : Je lui propose de « taper dans un coussin ».  (Tu peux essayer aussi, tu verras, c’est libérateur). Sauter dessus, le triturer, voire le mordre.

Elle connait tellement bien l’affaire du coussin, qu’elle le demande parfois spontanément avant même de se mettre en colère.

Je rêve d’ailleurs de lui coudre un coussin géant vide-colère, une sorte de grand Doudou cathartique. (Mais je suis nulle en couture, donc je me contente d’en rêver).

Niveau 3 : Le coussin, elle en veut pas. Je m’éloigne. Essaie de ne pas crier. (j’ai dit « essaie », je suis une Maman Guerrière, pas une Maman Parfaite). La laisse se calmer. Puis reviens. La prends dans mes bras.

Niveau 4 : Je l’isole dans un endroit « neutre » (donc pas sa chambre) et lui propose de se calmer et de réfléchir. En général, c’est radical. Mais je ne suis que très rarement arrivée au niveau 4.

Niveau 5 : heu… encore jamais testé. Sainte MAMA, patronne des Mamans Guerrières, protégez-moi du niveau 5…

Et après la crise, j’essaye toujours d’en re-parler pour comprendre ce qui a provoqué cette grosse colère, et surtout de faire des gros bisous.

Pour apprivoiser cette colère, je lui propose parfois de la dessiner…

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Ca se voit, non, que ça défoule ?

 

Enfin, hors crise, on déguste ce petit livre très bien fait pour parler de la colère et de la difficulté à la gérer. (C’est de ce joli livre que viennent les illustrations de cet article).

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Bon voilà mes modestes pistes. Qui marchent pas toujours. On fait comme on peut.

Et puis j’ai des copions pour quand vraiment ça va pas.

Mon héroïne sur la question, c’est la papesse des émotions des enfants, Isabelle Filliozat. Plein de bon sens, d’intelligence et de délicatesse. Ca ouvre l’esprit et ça permet de remettre certains automatismes éducatifs en question. (A lire notamment Au coeur des émotions de l’enfant). Parfois, ça frôle un peu la Maman Parfaite, donc il faut surtout pas culpabiliser si tu ne fais pas ou n’arrives pas à faire tout comme la madame elle dit. Tu sais bien hein… on fait comme on peut avec les moyens qu’on a …

Je viens d’ailleurs de découvrir une de ses techniques pour gérer les crises comme ça, je la testerai, et t’en reparlerai…

Et puis il y a aussi le bouquin d’Aletha Solter : Pleurs et colère des enfants et des bébés.

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Son message, c’est de laisser les enfants pleurer quand ils en ont besoin, car c’est une manière très saine pour le corps d’extérioriser ses émotions. Si tu « empêches » ton enfant de pleurer un bon coup, il extériorisera son émotion autrement. Mais l’idée, c’est de l’accompagner dans ses larmes. (Bon, c’est très beau sur le papier, mais parfois, tu as vraiment juste envie de dire à ton enfant pleurant « ok, arrête de pleurer maintenant »)

Des livres qui ont en tout cas le mérite de faire tourner nos méninges de Mamans Guerrières, après, on fait ce qu’on en veut, et surtout comme on peut…

Et toi, tu fais comment face aux grooooooosssses colères ?

 

 

 

 

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5 réflexions sur “Face à leurs groooooosses colères …

  1. Kolin-Elouan Ma dit :

    J’avoue arriver souvent au niveau 4. Et c’est vrai qu’après la « crise », j’essaye d’échanger avec mon fils pour mettre des mots sur ce qui vient de se passer.
    Une chouette tantie a offert le livre « Grosse colère » à mon aîné. Il l’adooore. Surtout quand la colère devient toute petite et est rangée dans une boîte par Robert. Ce livre permet de mettre un mot « colère » sur une émotion qui souvent dépasse l’enfant.
    Merci Klet Mariette pour ce récit! Sacré Minstinguette!

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  2. Gwen dit :

    Aaah un article qui fait du bien! Hé oui on a beau essayer, on est souvent loin des parents Montessori parfaits ici, et c’est pas faute de lire et relire toutes sortes de conseils… Sauf que les tiens ils me parlent vraiment. C’est pas théorique, c’est réalisable, et même que ça ressemble un peu à ce vers quoi on tend. Mais certaines phrases que tu écris vont beaucoup m’aider. Comme : « pendant une crise, prends ton enfant dans les bras. Même s’il se débat. Même s’il ne veut pas. Essaye… Il a besoin d’être contenu, vu que lui-même n’arrive pas encore à contenir ses émotions. Il a besoin de ton amour inconditionnel. »
    Avec un grand plein d’énergie (Basile, 6 ans), et une poulette en plein terrible 2, on déguste parfois pas mal… Heureusement, on se relaye pas mal mon homme et moi, ça aide aussi de pouvoir se reposer sur l’autre quand on sent qu’on va pas gérer la crise. mais encore faut-il pouvoir le faire. Allez, courage les mums, on les aime alors qu’est-ce qu’on ferait pas pour eux 😉

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