Sur le quai…

OU déjà couper un peu le cordon

J’ai compté le nombre de tee-shirts, un par jour, et j’en ai rajouté deux, pour être sûre.

J’ai lavé tes robes préférées, celle avec le tutu un peu brillant, et la rose sans manches qui te donne l’air beaucoup plus grande.

J’ai mis un pull chaud et des chaussures fermées, au cas où la canicule se transformait soudain en tempête glaciale.

J’ai caché un doudou de réserve entre ton maillot et la trousse de pharmacie, remplie à ras bord de mille remèdes, potions et petits pots de crème, au cas où.

J’ai glissé des mots doux, un par jour, avec des autocollants et un pshitt de mon parfum, comme on faisait quand on avait quinze ans. Je me souviens des mots doux que ta grand-mère, ma maman à moi, m’envoyait, quand je partais loin et un peu longtemps. Ils étaient drôles, pour pas me faire pleurer. Mais cela me faisait pleurer encore plus…

J’ai acheté des bonbons, sans rechigner, alors que pendant l’année, je refuse presque toujours de le faire.

J’ai compté sur tes doigts le nombre de dodos. 7. Tu m’as dit que ce n’était pas très long, finalement.

On t’avait laissée choisir, une semaine de stage ici avec nous, ou une semaine de vacances là-bas, avec les trois grands. Ton choix m’a surprise mais épatée.

Je t’ai donné quelques recommandations, pas trop, me disant, un peu inquiète que tu avais encore tant de choses à apprendre, à savoir, à connaitre. Qu’il y avait tant de dangers.

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Et puis on vous a conduits à la gare, toi, ta grande soeur et tes deux grands frères.

Ta petite soeur est restée avec nous, si contente d’avoir son papa et sa maman pour elle toute seule. Les jouets et les câlins rien que pour elle, pendant 7 dodos.

On a rempli nos réservoirs de bisous jusqu’à plus faim.

Avant de monter dans le train, tu as hésité, soudain sur le point de pleurer, tu t’es accrochée à moi. Et moi, je n’en menais pas plus large. Mais je t’ai dit vas-y, amuse-toi, on se quitte comme ça, sans pleurer, pour garder des sourires dans nos têtes.

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Et là, contre toute attente, tu as pris une grande respiration, tu t’es redressée, tu m’as souri, tu as donné la main à ton frère, tu m’as dit bonnes vacances maman, et tu es montée dans le train.

Et moi si émue, et si fière sur le quai.

Et puis le nez collé contre la vitre opaque, je t’ai regardée t’asseoir, les grands veillant sur toi, et toi veillant aussi un peu sur eux

Tu m’as fait des grands gestes, excitée à l’idée de voyager seule, à 5 ans. Si fière surtout.

Dans notre famille à géométrie variable, on a appris à se séparer des trois grands toutes les deux semaines. Mais ta soeur et toi, vous êtes toujours là, sous notre toit. Dans nos bras. Je suis pas habituée à être sans toi.

J’ai vu ton tout grand frère ouvrir déjà le pique-nique que je vous avais préparé. Je l’ai vu sortir la petite bouteille de savon liquide pour que vous vous laviez les mains, comme je vous l’avais conseillé. Mon coeur s’est serré.

Le train a fini par se mettre en marche.

On s’est fait des grands gestes. Ce n’était pas de la tristesse, mais une joie profonde, vibrante, cachant certainement de l’inquiétude, mais aucune angoisse.

J’ai couru un peu, le long du quai, ton papa me suivant, ta petite soeur aussi.

Elle a crié ton prénom, toute triste soudain de te voir partir.

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Le train a accéléré. Puis il est parti.

Me laissant sur le quai. Mon réservoir de bisous rempli. Mon coeur tout serré.

Et toi t’en allant, vers des aventures bien à toi.  Toi qui n’as pas quitté mes bras pendant les six premiers mois de ta vie, puis mes jupes pendant les douze suivants. Toi qui avais tant de mal à franchir le pas de la porte de ta classe, matin après matin. Toi qui nous as appelée si longtemps, nuit après nuit.

Et puis toi, aujourd’hui, sur ce quai…

Il n’y a pas que toi qui as grandi sur ce quai de gare ce jour-là, ma grande fille de 5 ans…

J’étais sûre qu’une fois le train en marche, je pleurerais toutes les larmes de mon coeur.

Mais, grâce à toi, certainement, il n’en fut rien.

Car te voir à la fois si petite dans ce grand siège, dans ce grand train, pour ce grand voyage, et si grande, rayonnante, confiante, a allumé une petite lumière en moi.

La petite lumière de la maman qui veille, qui attend, qui espère des nouvelles, qui décompte, qui vit par procuration.

Mais qui se réjouit aussi. Heureuse de te savoir heureuse.

Et qui grandit, au même rythme que toi, ma si grande petite…

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2 réflexions sur “Sur le quai…

  1. Laurence dit :

    Tes émotions sont si bien décrites… à chaque fois, tu tires droit dans le coeur, avec les mêmes sentiments que je ressens pour les miens! Merci de coucher par écrit ce que beaucoup d’entre nous ressentent. Belle soirée, Laurence

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