Les nuits pourries

OU comment tes adorables enfants le jour peuvent devenir de véritables monstres la nuit…

Pour moi, c’est le pire de la vie de Maman Guerrière : les nuits pourries. Et il faut l’avouer, tout le monde n’est pas logé (hé hé) à la même enseigne.

Il y a l’enfant de conte de fée. Tu le poses dans son lit à 19H, et il se réveille comme une fleur 12 heures plus tard…

Et puis… il y a les autres.

Dans ma tribu, on est clairement dans le 2ème cas de figure. Cela fait des années  longtemps que nous n’avons pas connu 3 nuits complètes d’affilée.

Mistinguette et le sommeil, c’est pas une grande histoire d’amour. Pourtant, en mère motivée que j’étais (et soucieuse de mon sommeil), j’ai étudié par cœur la Bible du sommeil (L’enfant, le sommeil et le rêve de Marie Thirion).

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J’ai appliqué à la lettre chacun de ses conseils, j’ai protégé et choyé le sommeil de Mistinguette. Jamais ô grand jamais nous n’avons déplacé son berceau pendant la nuit, interrompu son sommeil ou la laissé siester dans sa poussette.

Mais rien n’y a fait.

Dès les premières heures, j’aurais dû m’en rendre compte, mais tu sais ce que c’est, dans les premières heures, tu te rends compte de rien du tout.

Mistinguette n’aimait pas dormir.

Pendant les premières semaines, elle ne faisait pas de sieste. Ou alors des mini-siestes de 5 minutes, juste le temps pour moi de me dire « yes ! je vais pouvoir dormir moi aussi » que paf, la puce se réveillait (en hurlant). Et c’était reparti pour un tour.

On m’avait dit « un bébé, ça dort tout le temps ». Et moi je me retrouvais avec un bébé qui ne dormait … jamais !

Je devenais dingue.

J’arpentais mon quartier en poussette en espérant que cela finisse par l’endormir. Rien à faire. A un mois déjà, Mistinguette préférait rester les yeux bien ouverts plutôt que de somnoler. Et gare à moi si j’arrêtais de pousser ladite poussette, elle se mettait à hurler.

Je jalousais les mères en goguette, le bébé ronflant dans le landau, qui sirotaient un thé en terrasse, essayait un pantalon dans une cabine de Zara ou papotait au soleil dans un parc.

Là tu te dis : « et bien si elle dormait pas la journée, au moins… elle dormait la nuit ? »

Et bien non. Cette équation pourtant terriblement logique ne marchait pas chez Mistinguette. La nuit, j’étais de la revue toutes les 2 -3 heures, et cela a duré des mois.

J’ai fini par accepter ce qui me semblait inacceptable : l’endormir au sein.

Quand enfin l’enfant chéri dormait, je la posais trèèèèès précautionneusement dans son lit, je repartais sur la pointe des pieds, à reculons, sans respirer, telle une mère Sioux, refermant millimètre par millimètre la porte de sa chambre, pour enfin pousser un cri de victoire (silencieux) dans le couloir ! ELLE DORT !!!

Les siestes rikiki, les nuits pourries, j’en ai pleuré toutes les larme de mon corps.

Et cela a duré une éternité. Des semaines, des mois et puis… des années.

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On me disait d’abord que cela allait s’améliorer.

Ensuite, autour de moi, tout le monde commençait à s’inquiéter.

Seul mon pédiatre (et son expérience d’un demi-siècle)  m’aidait à relativiser, un sourire bienveillant, un petit rire, « oh ne vous en faites pas, rares sont les enfants à dormir vraiment bien, mais cela finira par s’arranger ».

On passait notre temps à chercher une raison et une solution.

Elle avait faim : on lui donnait plus à boire. Elle mangeait trop : on réduisait les quantités. Elle avait froid : on rajoutait une couverture. Elle avait trop chaud : elle nous appelait pour boire car elle avait soif, on enlevait une couche. Elle est trop fatiguée pour s’endormir. Elle est pas assez fatiguée. Elle vient d’avoir un vaccin. Elle a peur du noir. On met une veilleuse: maintenant il fait trop clair. Un avion est passé.  Elle a un rhume. Des dents. Une infection. Elle tousse. Il faut remonter son matelas. Son matelas est trop remonté. Il y a trop de bruit dans la maison. Il fait trop calme. C’est à cause de sa mère (moi donc) – en général, quand on ne trouve pas de solution à un problème chez un bébé, on finit toujours par accuser la mère. Et ainsi de suite.

Il y a eu quelques améliorations, et énormément de rechutes. On me trouvait toujours une explication : « Ah ça madame, c’est dû à  l’entrée à la crèche »  « Oh c’est normal, elle est en pleine période d’acquisition de la marche ». 2 semaines plus tard, c’était les dents, ensuite l’arrivée du langage, puis ma grossesse, puis  l’entrée à l’école,  puis l’acquisition de la propreté, puis l’arrivée de la petite sœur.

Car un jour Pimprennelle est arrivée. Il s’est très vite avérée qu’elle était une meilleure dormeuse que Mistinguette (bon ok, ce n’était pas difficile). Mais pas non plus un bébé de conte de fée.

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Et là donc nous avons donc découvert les joies de la double mauvaise nuit. Tu connais pas? Je t’explique vite fait, tu vas tout de suite comprendre. La double mauvaise nuit, c’est quand tes 2 filles te réveillent, mais pas en même temps, sinon ce serait trop facile.

Donc en gros, elles se mettent d’accord entre elles avant d’aller dormir pour qu’il y en ait toujours une des deux qui appelle les parents. Avec, au final, un lever toutes les 2 heures au pas de course, pour que celle qui est réveillée ne réveille pas celle qui dort (tu suis toujours?)

J’ai tout essayé, au fil de ces 3 lonnnnnngues années, pour que Mistinguette dorme.

Arrêter les produits laitiers.
Tester toutes sortes de remèdes aux plantes contre le reflux.
Rehausser le matelas.
L’emmaillotter
L’homéopathie.
L’ostéopathie.
La kinésiologie.
Les fleurs de Bach.
Les balades au grand air.
Augmenter le nombre de siestes en journée.
Diminuer le nombre de siestes en journée.
Lui parler.
La supplier.
Mettre une veilleuse.
Penser à la jeter par la fenêtre (juste une fois et pendant un quart de seconde)
La laisser pleurer (un peu).
La rassurer.
Faire une grosse voix.
Augmenter le nombre de doudous.
Réduire le nombre de doudous.
Pleurer.
Dédramatiser.
Changer la disposition de sa chambre.
La féliciter plus que de raison quand la nuit était bonne.
Faire des câlins encore plus gros le soir.
Voyager.
La faire dormir avec sa petite sœur.
La sécuriser.
Installer le réveil avec le lapin qui dort.
Faire des panneaux de récompenses avec des gommettes.
Rester dans le couloir pendant qu’elle s’endort.
Lire des histoires de nounours qui dorment bien.
Lire des histoires de nounours qui dorment mal.
Lui offrir une luciole qui s’éclaire la nuit.
Demander au docteur de faire sa grosse voix.
Renoncer.

La seule chose que j’ai jamais réussi à tester, Maman Poule que je suis, c’est de la laisser pleurer toute la nuit, sans intervenir. On m’a pourtant dit que c’était radical. Mais pour moi, c’était juste impensable et impossible. Même si j’enviais un peu ces mères qui étaient capables d’en arriver à cet extrême et de retrouver instantanément le sommeil. Trop attachée à sécuriser Mistinguette, j’en étais juste incapable…

 

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Je me souviens de nuits vraiment vraiment pourries, qui, en plus d’être interrompues jusqu’à 10 fois, se terminent à l’aube car Mistinguette était alors totalement réveillée, et nous totalement épuisés. Et le pire, c’est que tu sais que ta journée sera tout aussi pourrie, car enfant fatigué est toujours très fatiguant.

Je me souviens m’être levée pour l’allaiter cinq… dix fois, dans le noir, à tâtons, m’endormant assise.

Je me souviens d’avoir écouté des centaines d’heures de podcasts  pour retrouver le sommeil entre chaque appel.

Je me souviens de nuits où j’étais à peine rendormie que 5 minutes après elle rappelait. 6 fois de suite (soit toute la nuit).

Je me souviens d’un séjour au Club Med de Marrakech où nous dormions avec elle (enfin « dormions »… je devrais dire où nous « fermions les yeux ») et où SuperChéri devenait tellement dingue qu’il sortait à 3heures du mat’ sur la terrasse en caleçon pour fumer clope sur clope et me suppliait tous les matins de prendre l’avion retour pour Bruxelles.

Je me souviens en fait de toutes nos vacances, où, chaque fois, Mistinguette passait des nuits pourries, et nous aussi. Avec au final, l’impression de revenir plus crevés que quand on était partis.

Je me souviens de ces mois où aller dormir à 21h était devenu totalement normal pour SuperChéri et moi.

Je me souviens des langes changés en pleine nuit dans les pleurs (enlever la gigoteuse, enlever le pyjama, ouvrir le body, changer le lange, remettre le body, remettre le pyjama, remettre la gigoteuse et surtout … rendormir la merveille).

Je me souviens de ces centaines de réveils nocturnes, où telle une automate tu cours jusqu’à la chambre de ta fille, pour l’allaiter/lui donner un biberon/la rassurer/ramasser le doudou/te fâcher/lui faire un bisou. Et la course après pour vite se rendormir avant le prochain appel.

Je me souviens de ces réveils où tu attends qu’une seule chose : la fin de la journée pour aller te coucher.

Je me souviens de l’angoisse, de la fatigue extrême, intense, du désespoir de n’avoir jamais de moment de répit pour juste… dormir quelques heures d’affilée.

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Un jour, je me suis totalement écroulée et ai été out pendant plusieurs semaines.

Et puis un autre jour, enfin, je ne sais pas comment, le miracle est arrivé.

Nous avons dormi 8 heures d’affilée !!!!! Cela n’était plus arrivé depuis des années, et c’était formidable !

Pas d’appel, pas de biberon, pas de lange sale, pas de doudoulapinnnnnestombééééééééédemonlittttttt, pas de « tu restes dans le couloir Mamaaaaannnnn », rien que du DODO !

Ce jour-là, nous avons repris espoir…

Nous avons remporté une bataille, mais pas encore la guerre… D’autant qu’on nous a prévenu, la guerre ne se gagne jamais vraiment…

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Et toi tes nuits, elle sont pourries aussi ?

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4 réflexions sur “Les nuits pourries

  1. Thérèse L. dit :

    Bonjour Mariette,

    Je découvre votre blog avec le texte « ça ne durera pas », mon 2nd a 7 mois, et ça fait depuis 6 mois qu’on a des nuits pourries (réveil toutes les 2h pour téter si ce n’est toutes les heures…(mon grand de 7 ans a fait ses nuits à 25 mois et continuait de se réveiller au moins 1 fois la nuit jusqu’à 7 ans…) j’ai presque tt testé comme vous à part le laisser pleurer 15 min max et voir morve, larmes et visage bouffi, ça marche pas :p je me suis résignée en attendant qu’il grandisse, votre texte « ça ne durera pas » me rappelle qu’il faut que je profite de ses appels et besoins quotidiens de sa maman 🙂
    Je vais suivre votre blog avec plaisir, il est très agréable à lire, à bientôt!

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  2. Anne-C dit :

    Chez nous, bébé 2 est en route et grosse angoisse : sera t il pareil que sa grande soeur adorable pour tout mais détestant le sommeil depuis son premier jour? Les nuits sont aléatoires, encore maintenant à 2 ans et demi et les couchers… no comment. Tout ce qui est écrit dans ce post me parle! Du coup, difficile de la confier quelques jours et de pourrir les nuits de nos parents.
    Pourvu que le deuxième soit un fan de dodo…
    Merci pour tout ce qui est écrit et qui est réconfortant : on n’est pas les seuls ☺

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    • kletmarietteetsatribu dit :

      Oh non tu n’es pas la seule, rassure-toi 🙂 mais c’est si dur quand on est en plein dedans… Ne pourrais-tu pas confier ta grande au moins une nuit aux grands-parents ? Une nuit pour dormir sur tes deux oreilles et aussi longtemps que tu le souhaites le matin, c’est toujours ça de pris… et puis rassure-toi, les seconds ne sont pas nécessairement comme leurs aînés, chez nous Mistinguette (presque 4 ans) appelle toujours presque toutes les nuits, et Pimprenelle (presque 2 ans) dort comme un loir 12 heures d’affilée… Donc, pas de panique, tu n’auras peut-être pas deux exemplaires identiques en matière de sommeil 😉 Courage en tout cas… je compatis !!!!! ♥

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