Il y a aura juste l’essentiel

OU ces vacances parfaitement imparfaites qu’on voudrait revivre éternellement

Il y aura d’abord leurs réveils, hirsutes, impatients, hésitants aussi parfois. le chocolat des petits pains encore tièdes qui coule sur les genoux. Les piqûres de moustiques qu’on décompte.

Et puis déjà, se poser.

Il y aura la chaleur, qui enveloppe de tous son saoul, sans laisser de répit, qui berce, ensommeille, qui caresse, si sûre d’elle. Il y aura le vent qui lance et relance, les feuilles qui ruissellent avec fracas.

La piscine clapotera délicieusement, envoûtante. Un ballon oublié voguera lascivement.

Le bois brûlera les pieds nus, on se couchera à l’ombre, pour échapper à sa morsure, yeux mi-clos, balancé par la complainte enivrante des cigales, ivres du soleil triomphant.

Les enfants se cacheront dans le verger, grimaceront en marchant sur les noyaux recrachés dans les trèfles. Ils croqueront dans les fruits tièdes.  Le sucre coulera dans leur cou, les reines claudes piquantes, les minuscules pommes brillantes, les figues rondes et riches.

Tout autour, toujours, les arbres se balanceront : le marronnier qui vise le ciel, le figuier de guingois, dont les branches épaisses touchent terre, le palmier impassible, la vigne paresseuse qui laisse couler ses grappes, leurs douces pénombres secrètes.

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On trempera les pieds dans les remous glacés, on lira des livres, souvent interrompu, et à l’heure de la sieste, quand enfin tout s’apaise, on somnolera entre deux lignes.

Les cailloux piqueront les pieds, les mouches agaceront.

Ils se baigneront en désordre et en joie, à celui qui criera le plus fort, à celui qui sautera le plus loin, à celui qui éclaboussera le plus vite. Au milieu des guêpes échouées, des bouées délavées, des libellules légères. Ils iront toucher le fond et en ressortiront triomphants. Il y en a un qui se baignera dans la grande bassine du chien, parce que l’eau, chauffée par le soleil, y est toujours brûlante et que le chien n’y va jamais.

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Sur la table, il y aura du vin frais, le pain qui croque, des charcuteries grasses et appétissantes, des fougasses moelleuses, il y aura des salades, de la viande grillée, des yaourts cachés sous des montagnes de chantilly aériennes, il y aura des boites de bonbons gluants, et de petits fromages de chèvre immergés dans des bocaux d’huile et d’herbes fraîches.

On mettra des couches de crème, on fera mine de plonger tout habillé, on tressera les cheveux mouillés, et on leur chuchotera des secrets de Maman ivre d’amour pour ses petits, ivre de fierté et de gratitude.

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A l’ombre du grand toit, on racontera des histoires, on regardera les petits se battre à coups de fusils à eau. Les grands fumeront des cigarettes fines, et on se dira qu’on aimerait tellement qu’ils arrêtent enfin. On boira des Perrier frappés, on feuillettera des magazines et puis on immortalisera tout ce qu’on peut, à contre-jour parfois, avec tendresse tout le temps.

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On se fera peur en allant voir les taureaux sombres et inquiétants. On les verra courir dans les rues, dans l’arène, dans leurs imaginations galopantes, délicieuses excuses pour se réfugier vite dans les bras des grands.

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On ira pêcher le crabe, on en trouvera un mort, on le dépiautera consciencieusement, en plissant le nez. On flânera sur le sable brûlant, sur les pas de sa liberté d’alors, où chaque été portait le prénom d’une fille, toutes jolies, toutes déjà loin.

On chevauchera des quads qui rouleront en boucle, vrombissant avec appétit, dans un nuage agressif de poussière épaisse. Ils mettront des casques comme des grands, et en fermeront la visière avec conviction.

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On leur organisera un grand jeu, avec des épreuves, des déguisements, et surtout un trésor, juste pour les regarder s’encourager, se congratuler, s’épauler.

Ils feront pipi un peu partout dans le grand jardin, puis reviendront dans la piscine, à grands cris de joie.

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Ils s’ennuieront aussi, le doux ennui, le délicieux ennui de l’après-midi brûlante.

Alors ils construiront des cabanes, se baladeront sur des tracteurs en plastique déjà trop petits, feront la course sur des trottinettes grinçantes.

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Ils joueront de grandes parties de football, et on restera assis dans l’herbe, à les trouver beaux, sans jamais réussir à arbitrer le match, il y en a un qui partira en pleurant de rage, un autre qui se roulera par terre de douleur. Et puis très vite, ils oublieront, et repartiront comme si de rien n’était.

Tout le temps, il y aurait le gros chien, patient, tranquille, qui porte le nom d’un fruit oublié. Il se fera câliner, promener, embrasser, chevaucher, toiletter, houspiller.

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On jouera au flipper, comme quand les grands-parents avaient vingt ans, regarder la bille rouler, se cogner, crapahuter, allumant ça et là des étoiles et des super bonus. En équilibre sur une marche en bois, se disputant la place ; chacun son tour on dira, avec une grosse voix pas vraiment menaçante.

A quatre heures, il y aura du fromage italien onctueux et sucré, des sorbets multicolores dans des cornets dentelés. Il y aura des oursons au chocolat, des barquettes à la confiture. Un jour, on fera même des crêpes beurrées et dorées de miel.

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Une après-midi, on partira en bateau, comme si on était pêcheur, matelot, armateur, aventurier. On rêvera de grand voyage, on se jettera à l’eau. Les petits porteront des gilets humides, et sur la peau, on lèchera la mer.

On verra les montagnes de sel, les flamants roses dégingandés, les marais à perte de vue.

On visitera des marchés, abrités par des platanes aux troncs pelés, des cités médiévales endormies à l’ombre de remparts intacts. On rentrera dans des boutiques, pour respirer la marjolaine, pour choisir le parfum de la prochaine brique de savon, la prochaine brique de vacances, quand dehors le ciel sera bas et triste.

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Tu me réclameras des câlins, de ta voix rauque d’enthousiasme et de couchers tardifs pour faire comme les grands. Et on se serrera fort et longtemps, ta peau chaude de soleil, tes petits bras qui s’agrippent. Et nos mille secrets.

On mangera autour du bar ocre, le gros chien gourmand gobera les miettes, et en cachette les enfants lui donneront des bouchées de saucisson piquant et des quignons de pain pas encore rassis.

Le soir, ils auront peur devant des dessins animés, serrés sur le grand lit, suçotant des souris en guimauve. Et nous on boira des coups en regardant le ciel virer au rose, puis la nuit dérouler ses étoiles, les chauve-souris passeront, un crapaud fera frissonner les enfants. Le chien chassera quelque ennemi invisible. Et puis on dormira, le ventre lourd, la tête qui pétille un peu, les vieux lits craqueront, mais on se réveillera repus et impatients.

On se souviendra des poules qui hoquetaient à tout va, et des oeufs chauds que les petits allaient chercher en criant. On se souviendra des grosses courgettes jaunes dans le potager, et des salades croquantes.

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On se souviendra de ses blagues à lui, du coffre de la vieille peugeot où ils s’entassaient, avec l’excitation de l’interdit, se couchant les uns sur les autres à chaque carrefour, de peur de croiser un policier. On se souviendra de son atelier, de ses outils qui réparent et qui inventent, de ses réserves de trésor, de ses bonbons qui consolent, de ses bras qui apaisent.

On se souviendra des petites marques laissées sur le mur, pour se rappeler qu’ils grandissent, encore et toujours…  Et pour ne jamais oublier que c’est ici aussi qu’on s’est tous tellement aimé …

J’écris au futur, car cette maison appartiendra bientôt au passé… Et que là où on est heureux, le temps n’existe plus. C’était hier, ce sera demain. C’est un morceau d’éternité. Un bon gros morceau d’essentiel, qui n’en aura jamais fini de nourrir nos souvenirs, nos hivers. Et nos imaginaires de petits et de grands enfants…

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2 réflexions sur “Il y a aura juste l’essentiel

  1. Storckel Gaelle dit :

    Mais pourquoi suis je aussi sensible…pq est ce que je dois pleurer… À chaque fois.. Peut être pcq tu écrits si bien, pcq cela me parle tant, pcq cette annee c’était un peu nous aussi avec vs.. Pcq tu as raison c’est l’essentiel et c’est inévitable ça touche… Âlors merci pour ce beau recap des vacances des gens heureux 😉

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